« On nous dit que les enfants seront “mieux là qu’à l’ASE” [Aide sociale à l’enfance]. C’est un argument hallucinant(car, partant de là, que ne peut-on justifier ?). Et, qui plus est, méprisant pour les enfants de l’ASE. On nous dit qu’ils seront “désirés”. En faisant comme si dire “je veux ‘avoir’ un enfant” signifiait le désirer d’un désir sur lequel il pourra s’appuyer pour vivre. Et on nous dit surtout qu’ils “n’auront pas de problèmes”.
Mais de quoi parle-t-on ? S’il s’agit de dire qu’ils ne seront pas plus “caractériels” ou “en échec scolaire” que les autres, c’est hautement probable. Mais les analystes rencontrent tous les jours des gens qui n’ont jamais posé aucun problème à leur famille ou à la société. Et qui pourtant ne parviennent pas à vivre. A cause de la place qu’ils occupaient – inconsciemment – pour leurs parents. Ou parce que le rapport que ces parents entretenaient avec la sexuation – la leur ou celle de leur conjoint(e) – leur ont rendu impossible la construction d’une identité sexuée. Construction qui ne peut se mesurer qu’à l’âge adulte. […]
Quelques bons soins et beaucoup de bons sentiments suffisent à “fabriquer” des adultes capables de tenir – psychiquement – debout. L’affirmer revient à remiser au magasin des accessoires les acquis de près d’un siècle de pratique psychanalytique. C’est sûrement politiquement correct, mais cela me semble très risqué… »
(Revue Psychologies, mai 1999)
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